Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/188

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« Voici, monsieur, une demande adressée par un garde du corps du roi au roi de Prusse : elle m’est remise et recommandée par un officier supérieur des gardes. Je vous prie donc de l’emporter avec vous et d’en faire usage, si vous croyez, quand vous aurez un peu examiné le terrain à Berlin[1], qu’elle est de nature à obtenir quelque succès.

« Je saisis avec grand plaisir cette occasion de me féliciter avec vous du Moniteur de ce matin[2], et de vous remercier de la part que vous avez eue à cette heureuse issue qui, je l’espère, aura sur les affaires de notre France la plus heureuse influence.

  1. Chateaubriand venait d’être nommé envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire près la cour de Berlin. Moniteur du 30 novembre 1820.
  2. M. de Corbière eut la présidence de l’instruction publique avec l’entrée au Conseil. M. de Villèle entrait également comme ministre secrétaire d’État sans portefeuille. Ce dernier mit une condition à son acceptation : c’est qu’il resterait dans son logement et ne recevrait ni indemnité ni traitement. Et jusqu’à la fin, il fera preuve du même désintéressement. Nommé ministre des Finances, en décembre 1821, il avait droit à une somme de 25 000 francs pour frais d’installation : il la refusa. Louis XVIII l’éleva, le 7 septembre 1822, à la dignité de président du Conseil. Un supplément de 50 000 francs de traitement annuel était attaché à ces fonctions : il le refusa. Lorsqu’il sortit du ministère, en 1828, Charles X exigea de lui qu’il acceptât la pension de ministre d’État ; cette pension fut inscrite au grand-livre. Il s’empressa d’y renoncer aussitôt après la Révolution de 1830. Il lui suffisait d’avoir relevé la fortune publique, d’avoir fondé sur des bases indestructibles le crédit de la France, d’avoir donné à notre pays les meilleures finances qu’il ait jamais eues. Pendant ce temps, les auteurs de la Villéliade le représentaient sous les traits d’un Sardanapale mangeant la France dans de riches banquets, sous la figure d’un Minotaure


    Dont la dent terrible dévore
    Et notre fortune et nos lois.