Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/206

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
Ces lions de nos armoiries

Ont encor leurs regards d’amour.
Je vous souris, gardes chéries,
Et je m’élance dans la cour.
Voilà le sphinx à la fontaine,
Voilà le figuier verdoyant ;
Là s’épanouit l’ombre vaine
Des premiers songes de l’enfant.
De mon aïeul, dans la chapelle,
Je cherche et revois le tombeau ;
Voilà la colonne à laquelle
Pendent ses armes en faisceau.
Ce marbre que le soleil dore,
Et ces caractères pieux,
Non, je ne puis les lire encore,
Un voile humide est sur mes yeux.
Fidèle château de mes pères,
Je te retrouve tout en moi !
Tu n’es plus ; superbe naguères,
La charrue a passé sur toi !…
Sol que je chéris, sois fertile,
Je te bénis d’un cœur serein ;
Bénis, quel qu’il soit, l’homme utile

Dont le soc sillonne ton sein.

Chamisso bénit le laboureur qui laboure le sillon dont il a été dépouillé ; son âme devait habiter les régions où planait mon ami Joubert. Je regrette Combourg, mais avec moins de résignation, bien qu’il ne soit pas sorti de ma famille. Embarqué sur le vaisseau armé par le comte de Romanzof, M. de Chamisso découvrit, avec le capitaine Kotzebue, le détroit à l’est du détroit de Behring, et donna son nom à l’une des îles d’où Cook avait entrevu la côte de l’Amérique. Il