Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/235

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le gardien.
C’est un époux : il porte ici ses pas
Pour nourrir en secret un souvenir funeste

le voyageur.
Il a donc tout perdu ?

le gardien.
Non : un trône lui reste.

le voyageur.
Un trône ne console pas.

J’arrivai à Paris à l’époque des fêtes du baptême de M. le duc de Bordeaux[1]. Le berceau du petit-fils de Louis XIV dont j’avais eu l’honneur de payer le port a disparu comme celui du roi de Rome. Dans un temps différent de celui-ci, le forfait de Louvel eût assuré le sceptre à Henri V ; mais le crime n’est plus un droit que pour l’homme qui le commet.

Après le baptême de M. le duc de Bordeaux[2], on me réintégra enfin dans mon ministère d’État : M. de Richelieu me l’avait ôté, M. de Richelieu me le rendit ;

  1. On lit dans le Moniteur du 29 avril 1821 : « Paris, 28 avril. M. le vicomte de Chateaubriand, ministre plénipotentiaire de France à Berlin, est arrivé avant-hier à Paris. »
  2. Le baptême du duc de Bordeaux eut lieu à Notre-Dame, avec une grande solennité, le 1er mai 1821. Chateaubriand fut rétabli sur la liste des ministres d’État, MM. de Blacas et de Montesquiou furent créés ducs ; de nombreuses promotions furent faites dans l’ordre militaire et dans l’ordre civil. Il y eut une magnifique revue au Champ-de-Mars et une fête splendide à l’Hôtel de Ville. Les députés des trente-neuf bonnes villes de France y furent invités. La ville de Paris dota seize jeunes filles ; d’immenses secours furent prodigués aux pauvres.