Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/248

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moins à notre aise, parce que nous n’étions plus tête à tête.

« Lord Londonderry s’est d’abord informé des nouvelles de la santé du roi, avec une insistance qui décelait visiblement un intérêt politique ; rassuré par moi sur ce point, il a passé au ministère : « Il s’affermit, » m’a-t-il dit. J’ai répondu : « Il n’a jamais été ébranlé, et comme il appartient à une opinion, il restera le maître tant que cette opinion dominera dans les Chambres. » Cela nous a amenés à parler des élections : il m’a semblé frappé de ce que je lui disais sur l’avantage d’une session d’été pour rétablir l’ordre dans l’année financière ; il n’avait pas bien compris jusqu’alors l’état de la question.

« La guerre entre la Russie et la Turquie est ensuite devenue le sujet de l’entretien. Lord Londonderry, en me parlant de soldats et d’armées, m’a paru être dans l’opinion de notre ancien ministère sur le danger qu’il y aurait pour nous à réunir de grands corps de troupe ; j’ai repoussé cette idée, j’ai soutenu qu’en menant le soldat français au combat, il n’y avait rien à craindre ; qu’il ne sera jamais infidèle à la vue du drapeau de l’ennemi ; que notre armée vient d’être augmentée ; qu’elle serait triplée demain, si cela était nécessaire, sans le moindre inconvénient ; qu’à la vérité quelques sous-officiers pourraient crier Vive la Charte ! dans une garnison, mais que nos grenadiers crieraient toujours Vive le roi ! sur le champ de bataille.

« Je ne sais si cette grande politique a fait oublier à lord Londonderry la traite des nègres ; il ne m’en