Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/251

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Deliège et Piffre. Mais, dans quelques années, serons-nous plus connus que ces messieurs ? Un certain M. Bonnet étant mort en Amérique, tous les Bonnet de France m’écrivirent pour réclamer sa succession ; ces bourreaux m’écrivent encore ! Il serait temps toutefois de me laisser tranquille. J’ai beau leur répondre que le petit accident de la chute du trône étant survenu, je ne m’occupe plus de ce monde : ils tiennent bon et veulent hériter coûte que coûte.

Quant à l’Orient, il fut question de rappeler les divers ambassadeurs de Constantinople. Je prévis que l’Angleterre ne suivrait pas le mouvement de l’alliance continentale, je l’annonçai à M. de Montmorency. La rupture qu’on avait crainte entre la Russie et la Porte n’arriva pas : la modération d’Alexandre retarda l’événement. Je fis à ce propos une grande dépense d’allées et venues, de sagacité et de raisonnement ; j’écrivis maintes dépêches qui sont allées moisir dans nos archives avec le rendu compte d’événements non advenus. J’avais du moins l’avantage sur mes collègues de ne mettre aucune importance à mes travaux ; je les voyais sans souci s’engloutir dans l’oubli avec toutes les idées perdues des hommes.

Le Parlement reprit ses séances le 17 avril ; le roi revint le 18, et je lui fus présenté le 19. Je rendis compte de cette présentation dans ma dépêche du 19 ; elle se terminait ainsi :

« S. M. B., par sa conversation serrée et variée, ne m’a pas laissé le maître de lui dire une chose dont le roi m’avait spécialement chargé ; mais l’occasion favorable et prochaine d’une nouvelle audience va se présenter. »