Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/272

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qu’avec peine : il avait perdu son ancien roi ; le mien était exilé. C’est la dernière fois que l’Angleterre de mes grandeurs m’est apparue.

J’ai mentionné M. Peel[1] et lord Westmoreland[2] dans le Congrès de Vérone.

Je ne sais si lord Bathurst[3] descendait et s’il était petit-fils de ce comte Bathurst dont Sterne écrivait : « Ce seigneur est un prodige ; à 80 ans il a l’esprit et la vivacité d’un homme de 30, une disposition à se laisser charmer et le pouvoir de plaire au delà de tout ce que je connais. » Lord Bathurst, le ministre dont je vous entretiens, était instruit et poli ; il gardait la tradition des anciennes manières françaises de la bonne compagnie. Il avait trois ou quatre filles qui couraient, ou plutôt qui volaient comme des hirondelles de mer, le long des flots, blanches, allongées et légères. Que sont-elles devenues ? Sont-elles tombées dans le Tibre avec la jeune Anglaise de leur nom ?

  1. Sir Robert Peel (1788-1850), fils d’un très riche filateur de coton, que Pitt avait créé baronnet en 1800. Il fut élu député à vingt et un ans et prit place parmi les tories. En 1822, il était ministre de l’intérieur. Entré pour la première fois au ministère à l’âge de vingt-quatre ans, il fit successivement partie des cabinets Liverpool (de 1822 à 1827) et Wellington (de 1828 à 1830). De 1841 à 1848, il tint les rênes du gouvernement en qualité de premier ministre. Il était sur le point de revenir au pouvoir lorsqu’il mourut d’une chute de cheval dans sa soixante-deuxième année.
  2. John Fane, comte de Westmoreland, mort en 1841. Il avait été, sous le ministère de William Pitt, lord-lieutenant d’Irlande. En 1822, il était gardien du sceau privé.
  3. Henri, comte de Bathurst (1762-1834). Appelé, en 1809, à faire partie du ministère, en qualité de secrétaire d’État pour la guerre et les colonies, il eut à prendre comme tel les mesures relatives au Captif de Sainte-Hélène. Sorti du ministère en 1825, il revint au pouvoir en 1828 avec les tories et eut la présidence du conseil, qu’il conserva jusqu’en 1830.