Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/319

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destitution. Ma brochure ayant pour titre : Le roi est mort : vive le roi ! dans laquelle je saluais le nouveau souverain[1], opéra pour Charles X ce que ma brochure De Bonaparte et des Bourbons avait opéré pour Louis XVIII. J’allai chercher madame de Chateaubriand à Neuchâtel, et nous vînmes à Paris loger rue du Regard. Charles X popularisa l’ouverture de son règne par l’abolition de la censure ; le sacre eut lieu au printemps de 1825. « Jà commençoient les abeilles à bourdonner, les oiseaux à rossignoler et les agneaux à sauteler. »

Je trouve parmi mes papiers les pages suivantes écrites à Reims :

« Reims, 26 mai 1825.

« Le roi arrive après-demain : il sera sacré dimanche 29 ; je lui verrai mettre sur la tête une couronne à laquelle personne ne pensait en 1814 quand j’élevai la voix. J’ai contribué à lui ouvrir les portes de la France ; je lui ai donné des défenseurs, en con-

    sage de l’antiquité au moment de cette grande épreuve. Il n’est pas de grand homme dont la vie ne serait honorée par une telle mort. » (Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse, t. VII, p. 311.)

  1. Dans cette brochure, Chateaubriand parlait en ces termes de la mort de Louis XVIII : « Depuis longtemps, il est donné au peuple le plus brave d’avoir à sa tête les princes qui meurent le mieux : par les exemples de l’Histoire, on serait autorisé à dire : mourir comme un Bourbon, pour exprimer tout ce qu’un homme peut mettre de magnanimité dans sa dernière heure. Louis XVIII n’a point démenti cette intrépidité de famille. Après avoir reçu le saint Viatique au milieu de sa cour, le fils aîné de l’église a béni d’une main défaillante, mais d’un front serein, ce frère encore appelé à un lit funèbre, ce neveu qu’il nommait le fils de son choix, cette nièce deux fois orpheline, et cette veuve deux fois mère. »