Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/333

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pand sur les arts surpassent les secours que leur accordait le gouvernement usurpateur ; mais comment sont-elles départies ? Voués à l’oubli par nature et par goût, les dispensateurs de ces largesses paraissent avoir de l’antipathie pour la renommée ; leur obscurité est si invincible, qu’en approchant des lumières ils les font pâlir ; on dirait qu’ils versent l’argent sur les arts pour les éteindre, comme sur nos libertés pour les étouffer[1]

« Encore si la machine étroite dans laquelle on met la France à la gêne ressemblait à ces modèles achevés que l’on examine à la loupe dans le cabinet des amateurs, la délicatesse de cette curiosité pourrait intéresser un moment ; mais point : c’est une petite chose mal faite.

« Nous avons dit que le système suivi aujourd’hui par l’administration blesse le génie de la France : nous allons essayer de prouver qu’il méconnaît également l’esprit de nos institutions.

« La monarchie s’est rétablie sans efforts en France, parce qu’elle est forte de toute notre histoire, parce que la couronne est portée par une famille qui a presque vu naître la nation, qui l’a formée, civilisée, qui lui a donné toutes ses libertés, qui l’a rendue immortelle ; mais le temps a réduit cette monarchie à ce qu’elle a de réel. L’âge des fictions est passé en politique ; on ne peut plus avoir un gouvernement d’adoration, de culte et de mystère ; chacun connaît ses droits ; rien n’est possible hors des limites de la raison ; et jusqu’à la faveur, der-

  1. Article du 28 juin 1824. — Œuvres complètes, tome XXVI, p. 344.