Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/341

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haute colline ; elle mourait dans les illusions du roman, comme Mme de Genlis, sa contemporaine. Gibbon avait composé à ma porte son Histoire de l’empire romain : « C’est au milieu des débris du Capitole, écrit-il à Lausanne, le 27 juin 1787, que j’ai formé le projet d’un ouvrage qui a occupé et amusé près de vingt années de ma vie. » Mme de Staël avait paru avec Mme Récamier à Lausanne. Toute l’émigration, tout un monde fini s’était arrêté quelques moments dans cette cité riante et triste, espèce de fausse ville de Grenade. Mme de Duras en a retracé le souvenir dans ses Mémoires et ce billet m’y vint apprendre la nouvelle perte à laquelle j’étais condamné :


« Bex, 13 juillet 1826.

« C’en est fait, monsieur, votre amie[1] n’existe plus ; elle a rendu son âme à Dieu, sans agonie, ce matin à onze heures moins un quart. Elle s’était encore promenée en voiture hier au soir. Rien n’annonçait une fin aussi prochaine ; que dis-je, nous ne pensions pas que sa maladie dût se terminer ainsi. M. de Custine[2], à qui la douleur ne permet pas de vous écrire lui-même, avait encore été hier matin sur une des montagnes qui environnent Bex, pour faire venir tous les matins du lait des montagnes pour la chère malade.

    charme. Elle a publié plus de cent volumes, qui sont, pour la plupart, imités ou traduits assez librement de l’allemand ou de l’anglais. Celui qui eut le plus de vogue est Le Robinson suisse, traduit de Wyss (1813, 2 vol. in-12), et sa Continuation (1824, 3 volumes in-12).

  1. La marquise de Custine.
  2. Astolphe de Custine, fils de la marquise.