Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/348

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cheminée, je ne devais pas être chassé comme je l’ai été. J’avais fait seul la guerre d’Espagne et maintenu l’Europe en paix pendant cette période dangereuse ; j’avais par ce seul fait donné une armée à la légitimité, et, de tous les ministres de la Restauration, j’ai été le seul jeté hors de ma place sans aucune marque de souvenir de la couronne, comme si j’avais trahi le prince et la patrie. M. de Villèle a cru que j’accepterais ce traitement, il s’est trompé. J’ai été ami sincère, je resterai ennemi irréconciliable. Je suis malheureusement né : les blessures qu’on me fait ne se ferment jamais.

« Mais en voilà trop sur moi : parlons de quelque chose plus important. J’ai peur de ne pas m’entendre avec vous sur des objets graves, et j’en serais désolé ! Je veux la charte, toute la charte, les libertés publiques dans toute leur étendue. Les voulez-vous ?

« Je veux la religion comme vous ; je hais comme vous la congrégation et ces associations d’hypocrites qui transforment mes domestiques en espions, et qui ne cherchent à l’autel que le pouvoir. Mais je pense que le clergé, débarrassé de ces plantes parasites, peut très bien entrer dans un régime constitutionnel, et devenir même le soutien de nos institutions nouvelles. Ne voulez-vous pas trop le séparer de l’ordre politique ? Ici je vous donne une preuve de mon extrême impartialité. Le clergé, qui, j’ose le dire, me doit tant, ne m’aime point, ne m’a jamais défendu ni rendu aucun service. Mais qu’importe ? Il s’agit d’être juste et de voir ce qui convient à la religion et à la monarchie.