Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/349

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

« Je n’ai pas, mon vieil ami, douté de votre courage ; vous ferez, j’en suis convaincu, tout ce qui vous paraîtra utile, et votre talent vous garantit le triomphe. J’attends vos nouvelles communications, et j’embrasse de tout mon cœur mon fidèle compagnon d’exil.

« Chateaubriand. »

Je repris ma polémique. J’avais chaque jour des escarmouches et des affaires d’avant-garde avec les soldats de la domesticité ministérielle ; ils ne se servaient pas toujours d’une belle épée. Dans les deux premiers siècles de Rome, on punissait les cavaliers qui allaient mal à la charge, soit qu’ils fussent trop gros ou pas assez braves, en les condamnant à subir une saignée : je me chargeais du châtiment.

« L’univers change autour de nous, disais-je : de nouveaux peuples paraissent sur la scène du monde ; d’anciens peuples ressuscitent au milieu des ruines ; des découvertes étonnantes annoncent une révolution prochaine dans les arts de la paix et de la guerre : religion, politique, mœurs, tout prend un autre caractère. Nous apercevons-nous de ce mouvement ? Marchons-nous avec la société ? Suivons-nous le cours du temps ? Nous préparons-nous à garder notre rang dans la civilisation transformée ou croissante ? Non : les hommes qui nous conduisent sont aussi étrangers à l’état des choses de l’Europe que s’ils appartenaient à ces peuples dernièrement découverts dans l’intérieur de l’Afrique. Que savent-ils donc ? La bourse ! et encore ils la savent mal. Sommes-nous condamnés à porter le poids de