Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/363

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une barrière qui arrête tout : les deux Chambres et les institutions publiques. En dehors de ces mouvements, le roi voit toujours son autorité et sa personne sacrée à l’abri.

« Mais, Sire, il y a une condition indispensable à la sûreté générale, c’est d’agir dans l’esprit des institutions : une résistance de votre conseil à cet esprit rendrait les mouvements populaires aussi dangereux dans la monarchie représentative qu’ils le sont dans la monarchie absolue.

« De la théorie je passe à l’application :

« Votre Majesté va paraître à la revue : elle y sera accueillie comme elle le doit ; mais il est possible qu’elle entende au milieu des cris de vive le roi ! d’autres cris qui lui feront connaître l’opinion publique sur ses ministres.

« De plus, Sire, il est faux qu’il y ait à présent, comme on le dit, une faction républicaine ; mais il est vrai qu’il y a des partisans d’une monarchie illégitime : or, ceux-ci sont trop habiles pour ne pas profiter de l’occasion et ne pas mêler leurs voix le 29 à celle de la France pour donner le change.

« Que fera le roi ? cédera-t-il ses ministres aux acclamations populaires ? ce serait tuer le pouvoir. Le roi gardera-t-il ses ministres ? ces ministres feront retomber sur la tête de leur auguste maître toute l’impopularité qui les poursuit. Je sais bien que le roi aurait le courage de se charger d’une douleur personnelle pour éviter un mal à la monarchie ; mais on peut, par le moyen le plus simple, éviter ces calamités ; permettez-moi, Sire, de vous le dire : on le peut en se renfermant dans l’esprit de nos insti-