Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/378

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Rien ne m’agréait dans la vie positive, hormis peut-être le ministère des affaires étrangères. Je n’étais pas insensible à l’idée que la patrie me devrait, dans l’intérieur la liberté, à l’extérieur l’indépendance. Loin de chercher à renverser M. de Villèle, j’avais dit au roi : « Sire, M. de Villèle est un président plein de lumières ; Votre Majesté doit éternellement le garder à la tête de ses conseils. »

M. de Villèle ne le remarqua pas : mon esprit pouvait tendre à la domination, mais il était soumis à mon caractère ; je trouvais plaisir dans mon obéissance, parce qu’elle me débarrassait de ma volonté. Mon défaut capital est l’ennui, le dégoût de tout, le doute perpétuel. S’il se fût rencontré un prince qui, me comprenant, m’eût retenu de force au travail, il avait peut-être quelque parti à tirer de moi : mais le ciel fait rarement naître ensemble l’homme qui veut et l’homme qui peut. En fin de compte, est-il aujourd’hui une chose pour laquelle on voulût se donner la peine de sortir de son lit ? On s’endort au bruit des royaumes tombés pendant la nuit, et que l’on balaye chaque matin devant notre porte.

D’ailleurs, depuis que M. de Villèle s’était séparé de moi, la politique s’était dérangée : l’ultracisme contre lequel la sagesse du président du conseil luttait encore l’avait débordé. La contrariété qu’il éprouvait de la part des opinions intérieures et du mouvement des opinions extérieures le rendait irritable : de là la presse entravée, la garde nationale de Paris cassée, etc. Devais-je laisser périr la monarchie, afin d’acquérir le renom d’une modération hypocrite aux aguets ? Je crus très sincèrement remplir un devoir