Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/394

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Récamier de la plupart des défauts qui rendaient son commerce épineux et presque insupportable. Il se plaisait à être son guide : il admirait avec quelle rapidité son esprit suppléait à l’expérience et comprenait tout ce qu’il lui révélait sur le monde et sur les hommes. C’était au moment de cette conversion fameuse que tant de gens ont qualifiée d’hypocrisie. J’ai toujours regardé cette conversion comme sincère. Le sentiment religieux est une faculté inhérente à l’homme ; il est absurde de prétendre que la fraude et le mensonge aient créé cette faculté. On ne met rien dans l’âme humaine que ce que la nature y a mis. Les persécutions, les abus d’autorité en faveur de certains dogmes peuvent nous faire illusion à nous-mêmes et nous révolter contre ce que nous éprouverions si on ne nous l’imposait pas ; mais, dès que les causes extérieures ont cessé, nous revenons à notre tendance primitive : quand il n’y a plus de courage à résister, nous ne nous applaudissons plus de notre résistance. Or, la révolution ayant ôté ce mérite à l’incrédulité, les hommes que la vanité seule avait rendus incrédules purent devenir religieux de bonne foi.

« M. de Laharpe était de ce nombre ; mais il garda son caractère intolérant, et cette disposition amère qui lui faisait concevoir de nouvelles haines sans abjurer les anciennes. Toutes ces épines de sa dévotion disparaissaient cependant auprès de madame Récamier. »

Voici quelques fragments des lettres de M. de Laharpe à madame Récamier, dont Benjamin Constant vient de parler :