Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/398

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pénétrer tous les jours pour la voir et essayer de lui plaire.

« Dans l’été de 1799, madame Récamier vint habiter le château de Clichy, à un quart de lieue de Paris. Un homme célèbre depuis par divers genres de prétentions, et plus célèbre encore par les avantages qu’il a refusés que par les succès qu’il a obtenus, Lucien Bonaparte, se fit présenter à elle.

« Il n’avait aspiré jusqu’alors qu’à des conquêtes faciles, et n’avait étudié pour les obtenir que les moyens de romans que son peu de connaissance du monde lui représentait comme infaillibles. Il est possible que l’idée de captiver la plus belle femme de son temps l’ait séduit d’abord. Jeune, chef d’un parti dans le conseil des Cinq-Cents, frère du premier général du siècle, il fut flatté de réunir dans sa personne les triomphes d’un homme d’État et les succès d’un amant.

« Il imagina de recourir à une fiction pour déclarer son amour à madame Récamier ; il supposa une lettre de Roméo à Juliette ; et l’envoya comme un ouvrage de lui à celle qui portait le même nom. »


Voici cette lettre de Lucien, connue de Benjamin Constant ; au milieu des révolutions qui ont agité le monde réel, il est piquant de voir un Bonaparte s’enfoncer dans le monde des fictions.