Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/399

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lettre de roméo à juliette
par l’auteur de la Tribu indienne[1].
« Venise, 29 juillet.

« Roméo vous écrit, Juliette : si vous refusiez de me lire vous seriez plus cruelle que nos parents, dont les longues querelles viennent enfin de s’apaiser : sans doute ces affreuses querelles ne renaîtront plus […] Il y a peu de jours, je ne vous connaissais encore que par la renommée. Je vous avais aperçue quelquefois dans les temples et dans les fêtes ; je savais que vous étiez la plus belle ; mille bouches répétaient vos éloges, et vos attraits m’avaient frappé sans m’éblouir […] Pourquoi la paix m’a-t-elle livré à votre empire ? la paix ! elle est dans nos familles, mais le trouble est dans mon cœur […]

« Rappelez-vous ce jour où pour la première fois je vous fus présenté. Nous célébrions dans un banquet nombreux la réconciliation de nos pères. Je revenais du sénat où les troubles suscités à la République avaient produit une vive impression. […] Vous arrivâtes ; tous alors s’empressaient. Qu’elle est belle ! s’écriait-on […]

« La foule remplit dans la soirée les jardins de Bedmar. Les importuns, qui sont partout, s’emparèrent de moi. Cette fois je n’eus avec eux ni patience ni affabilité : ils me tenaient éloigné de vous !… Je

  1. Lucien Bonaparte venait de publier un roman intilulé la Tribu indienne, on Édouard et Stellina. (Paris, 1799, 2 vol. in-18.)