Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/414

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

font un homme remarquable. Courageux dans les combats, hardi dans le propos, mais timide dans les actions qui ne sont pas militaires, irrésolu dans tous ses projets : une chose qui le rend très séduisant à la première vue, mais qui en même temps met un obstacle à toute combinaison de plan avec lui, c’est une habitude de haranguer, reste de son éducation révolutionnaire qui ne le quitte pas. Il a parfois des mouvements d’une véritable éloquence ; il le sait, il aime ce genre de succès, et quand il est entré dans le développement de quelque idée générale, tenant à ce qu’il a entendu dans les clubs ou à la tribune, il perd de vue tout ce qui l’occupe et n’est plus qu’un orateur passionné. Tel il a paru en France dans les premières années du règne de Bonaparte, qu’il a toujours haï et auquel il a toujours été suspect, et tel il s’est encore montré dans ces derniers temps, au milieu du bouleversement de l’Europe dont on lui doit toutefois l’affranchissement, parce qu’il a rassuré les étrangers en leur montrant un Français prêt à marcher contre le tyran de la France et sachant ne dire que ce qui pouvait influer sur sa nation.

« Tout ce qui offre à une femme le moyen d’exercer sa puissance lui est toujours agréable. Il y avait d’ailleurs, dans l’idée de soulever contre le despotisme de Bonaparte des hommes importants par leurs dignités et leur gloire, quelque chose de généreux et de noble qui devait tenter madame Récamier. Elle se prêta donc au désir de M. de Montmorency. Elle réunit souvent Bernadotte et Moreau chez elle. Moreau hésitait, Bernadotte déclamait.