Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/419

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Aujourd’hui que les temps sont changés, et que le nom de Bonaparte semble seul les remplir, on n’imagine pas à combien peu encore paraissait tenir sa puissance. La nuit qui précéda la sentence, et pendant laquelle le tribunal siégea, tout Paris fut sur pied. Des flots de peuple se portaient au Palais de Justice. Georges ne voulut point de grâce ; il répondit à ceux qui voulaient la demander : « Me promettez-vous une plus belle occasion de mourir ? »

Moreau, condamné à la déportation, se mit en route pour Cadix, d’où il devait passer en Amérique. Madame Moreau alla le rejoindre. Madame Récamier était auprès d’elle au moment de son départ. Elle la vit embrasser son fils dans son berceau, et la vit revenir sur ses pas pour l’embrasser encore : elle la conduisit à sa voiture et reçut son dernier adieu.

Le général Moreau écrivit de Cadix cette lettre à sa généreuse amie :

« Chiclana (près Cadix), le 12 octobre 1804.
Madame,

« Vous apprendrez sans doute avec quelque plaisir des nouvelles de deux fugitifs auxquels vous avez témoigné tant d’intérêt. Après avoir essuyé des fatigues de tout genre, sur terre et sur mer, nous espérions nous reposer à Cadix, quand la fièvre jaune, qu’on peut en quelque sorte comparer aux maux

    résumer le récit même de Mme Récamier, reproduit, plus tard en son entier par Mme Lenormant au tome Ier des Souvenirs, pages 103 et suivantes.