Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/431

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madame Récamier, peut-être encore plus charmantes que les premières.

Il n’y a rien dans les ouvrages imprimés de madame de Staël qui approche de ce naturel, de cette éloquence, où l’imagination prête son expression aux sentiments. La vertu de l’amitié de madame Récamier devait être grande, puisqu’elle sut faire produire à une femme de génie ce qu’il y avait de caché et de non révélé encore dans son talent. On devine au surplus dans l’accent triste de madame de Staël un déplaisir secret, dont la beauté devait être naturellement la confidente, elle qui ne pouvait jamais recevoir de pareilles blessures.

Madame de Staël étant rentrée en France vint, au printemps de 1810[1], habiter le château de Chaumont

    facilité de conversation qui avaient tant de charme à ses yeux. Le gouvernement autrichien, épuisé par la guerre, n’avait pas alors la force d’être oppresseur pour son propre compte, et cependant il conservait envers la France une attitude qui n’était pas sans indépendance et sans dignité. Ceux que poursuivait la haine de Napoléon pouvaient encore trouver à Vienne un asile ; aussi l’année que ma mère y passa fut-elle la plus calme dont elle eût joui depuis son exil. » Avertissement de M. de Staël fils, en tête de la seconde partie de Dix années d’exil.

  1. Les précédentes éditions portent à tort 1812. C’est en 1810, et non en 1812, que Mme de Staël habita le château de Chaumont. On lit dans l’Avertissement de M.Auguste de Staël : « Au commencement de l’été de 1810, ayant achevé les trois volumes de l’Allemagne, elle voulut aller en surveiller l’impression à quarante lieues de Paris, distance qui lui était encore permise et où elle pouvait espérer de revoir ceux de ses amis dont l’affection n’avait pas fléchi devant la disgrâce de l’empereur. Elle alla donc s’établir, près de Blois, dans le vieux château de Chaumont-sur-Loire, que le cardinal d’Amboise, Diane de Poitiers, Catherine de Médicis et Nostradamus ont jadis habité. Le propriétaire ac-