Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/458

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sardé de perdre en un instant ce qu’il ne peut tenir que par moi et avec moi. »

Dans une autre lettre adressée à Murat lui-même, Napoléon disait à son beau-frère : « Je suppose que vous n’êtes pas de ceux qui pensent que le lion est mort ; si vous faisiez ce calcul, il serait faux… Vous m’avez fait tout le mal que vous pouviez depuis votre départ de Wilna. Le titre de roi vous a tourné la tête ; si vous désirez le conserver, conduisez-vous bien. »

Murat ne poursuivit pas le vice-roi sur l’Adige ; il hésitait entre les alliés et les Français, selon les chances que Bonaparte semblait gagner ou perdre.

Dans les champs de Brienne[1], où Napoléon fut élevé par l’ancienne monarchie, il donnait en l’honneur de celle-ci le dernier et le plus admirable de ses sanglants tournois. Favorisé des carbonari, Joachim tantôt veut se déclarer libérateur de l’Italie, tantôt espère la partager entre lui et Bonaparte devenu vainqueur.

Un matin, le courrier apporta à Naples la nouvelle de l’entrée des Russes à Paris. Madame Murat était encore couchée, et madame Récamier, assise à son chevet, causait avec elle ; on déposa sur le lit un énorme tas de lettres et de journaux. Parmi ceux-ci se trouvait mon écrit De Bonaparte et des Bourbons. La reine s’écria : « Ah ! voilà un ouvrage de M. de Chateaubriand ; nous le lirons ensemble. » Et elle continua à décacheter ses lettres.

Madame Récamier prit la brochure, et après y avoir jeté les yeux au hasard, elle la remit sur le lit et dit

  1. Le 29 janvier 1814.