Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/462

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« 6 juin 1815.

« J’ai perdu pour la France la plus belle existence ; j’ai combattu pour l’empereur ; c’est pour sa cause que ma femme et mes enfants sont en captivité. La patrie est en danger, j’offre mes services ; on en ajourne l’acceptation. Je ne sais si je suis libre ou prisonnier. Je dois être enveloppé dans la ruine de l’empereur s’il succombe, et on m’ôte les moyens de le servir et de servir ma propre cause. J’en demande les raisons ; on répond obscurément et je ne puis me faire juge de ma position. Tantôt je ne puis me rendre à Paris, où ma présence ferait tort à l’empereur ; je ne saurais aller à l’armée, où ma présence réveillerait trop l’attention du soldat. Que faire ? attendre : voilà ce qu’on me répond. On me dit, d’un autre côté, qu’on ne me pardonne pas d’avoir abandonné l’empereur l’année dernière, tandis que des lettres de Paris disaient, quand je combattais récemment pour la France : « Tout le monde ici est enchanté du roi. » L’empereur m’écrivait : « Je compte sur vous, comptez sur moi ; je ne vous abandonnerai jamais. » Le roi Joseph m’écrivait : « L’Empereur m’ordonne de vous écrire de vous porter rapidement sur les Alpes. » Et quand, en arrivant, je lui témoigne des sentiments généreux, et que je lui offre de combattre pour la France, je suis envoyé dans les Alpes. Pas un mot de consolation n’est adressé à celui qui n’eut jamais d’autre tort envers lui que d’avoir trop compté sur des sentiments généreux, sentiments qu’il n’eut jamais pour moi.

« Mon amie, je viens vous prier de me faire con-