Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/470

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
« Paris, 20 mai 1814.

« Je suis honteuse d’être à Paris sans vous, cher ange de ma vie : je vous demande vos projets. Voulez-vous que j’aille au-devant de vous à Coppet, où je vais rester quatre mois ? Après tant de souffrances, ma plus douce perspective c’est vous, et mon cœur vous est à jamais dévoué. Un mot sur votre départ et votre arrivée. J’attends ce mot pour savoir ce que je ferai. Je vous écris à Rome, à Naples, etc. »

Madame de Genlis, qui n’avait jamais eu de rapports avec madame Récamier, s’empressa de s’approcher d’elle. Je trouve dans un passage l’expression d’un vœu qui, réalisé, eût épargné au lecteur mon récit.

« 11 octobre.

« Voilà, madame, le livre que j’ai eu l’honneur de vous promettre. J’ai marqué les choses que je désire que vous lisiez […] Venez, madame, pour me conter votre histoire en ces termes, comme on fait dans les romans. Puis ensuite je vous demanderai de l’écrire en forme de souvenirs qui seront remplis d’intérêt, parce que dans la plus grande jeunesse vous avez été jetée, avec une figure ravissante, un esprit plein de finesse et de pénétration, au milieu de ces tourbillons d’erreurs et de folies ; que vous avez tout vu, et qu’ayant conservé, durant ces orages, des sentiments religieux, une âme pure, une vie sans tache, un cœur sensible et fidèle à l’amitié, n’ayant ni envie, ni