Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/483

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chambre du troisième de l’Abbaye-aux-Bois fut toujours le but des courses des amis de madame Récamier, mais, comme si le prestigieux pouvoir d’une fée eût adouci la raideur de la montée, ces mêmes étrangers, qui réclamaient comme une faveur d’être admis dans l’élégant hôtel de la Chaussée-d’Antin, sollicitaient encore la même grâce. C’était pour eux un spectacle vraiment aussi remarquable qu’aucune rareté de Paris, de voir, dans un espace de dix pieds sur vingt, toutes les opinions, réunies sous une même bannière, marcher en paix et se donner presque la main. Le vicomte de Chateaubriand racontait à Benjamin Constant les merveilles inconnues de l’Amérique. Mathieu de Montmorency, avec cette urbanité personnelle à lui-même, cette politesse chevaleresque de tout ce qui porte son nom, était aussi respectueusement attentif pour madame Bernadotte allant régner en Suède, qu’il l’aurait été pour la sœur d’Adélaïde de Savoie, fille d’Humbert aux Blanches-Mains, cette veuve de Louis le Gros qui avait épousé un de ses ancêtres. Et l’homme des temps féodaux n’avait aucune parole amère pour l’homme des jours libres.

« Assises à côté l’une de l’autre sur le même divan, la duchesse du faubourg Saint-Germain devenait polie pour la duchesse impériale ; rien n’était heurté dans cette cellule unique. Lorsque je revis madame Récamier dans cette chambre, je revenais à Paris, d’où j’avais été longtemps absente. C’était un service que j’avais à lui demander, et j’allais à elle avec confiance. Je savais bien par des amis communs à quel degré de force s’était porté son