Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/484

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courage ; mais j’en manquais en la voyant là, sous les combles, aussi paisible, aussi calme que dans les salons dorés de la rue du Mont-Blanc.

« Eh quoi ! me dis-je, toujours des souffrances ! Et mon œil humide s’arrêtait sur elle avec une expression qu’elle dut comprendre. Hélas ! mes souvenirs franchissaient les années, ressaisissaient le passé ! Toujours battue de l’orage, cette femme, que la renommée avait placée tout en haut de la couronne de fleurs du siècle, depuis dix ans voyait sa vie entourée de douleurs, dont le choc frappait à coups redoublés sur son cœur et la tuait !…

« Lorsque, guidée par d’anciens souvenirs et un attrait constant, je choisis l’Abbaye-aux-Bois pour mon asile, la petite chambre du troisième n’était plus habitée par celle que j’aurais été y chercher : madame Récamier occupait alors un appartement plus spacieux. C’est là que je l’ai vue de nouveau. La mort avait éclairci les rangs des combattants autour d’elle, et, de tous ces champions politiques, M. de Chateaubriand était, parmi ses amis, presque le seul qui eût survécu. Mais vint à sonner aussi pour lui l’heure des mécomptes et de l’ingratitude royale. Il fut sage ; il dit adieu à ces faux semblants de bonheur et abandonna l’incertaine puissance tribunitienne pour en ressaisir une plus positive.

« On a déjà vu que dans ce salon de l’Abbaye-aux-Bois il s’agite d’autres intérêts que des intérêts littéraires, et que ceux qui souffrent peuvent tourner vers lui un regard d’espérance. Dans l’occupation constante où je suis, depuis quelques mois, de