Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/486

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demandant où elle était, afin de lui adresser par M. Durand de Mareuil, notre ministre alors à Bruxelles, la permission de venir à Paris sous le nom de la comtesse de Villeneuve. Il écrivit en même temps à M. de Fagel.

« J’ai rapporté ce fait avec d’autant plus de plaisir qu’il honore à la fois celle qui demande et le ministre qui oblige : l’une par sa noble confiance, l’autre par sa noble humanité[1]. »

Madame d’Abrantès loue beaucoup trop ma conduite, qui ne valait même pas la peine d’être remarquée ; mais, comme elle ne raconte pas tout sur l’Abbaye-aux-Bois, je vais suppléer à ce qu’elle a oublié ou omis.

Le capitaine Roger[2], autre Coudert, avait été condamné à mort. Madame Récamier m’avait associé à son œuvre pie pour le sauver. Benjamin Constant était également intervenu en faveur de ce compagnon de Caron, et il avait remis au frère du condamné la lettre suivante pour madame Récamier :

« Je ne me pardonnerais pas, madame, de vous importuner toujours, mais ce n’est pas ma faute s’il y a sans cesse des condamnations à mort. Cette

  1. Histoire des Salons de Paris. Tableaux et portraits du grand monde, sous Louis XVI, le Directoire, le Consulat et l’Empire, la Restauration et le règne de Louis-Philippe Ier, par la duchesse d’Abrantès, tome VII, 1838.
  2. Roger, ancien lieutenant (et non capitaine), avait pris part, avec le lieutenant-colonel Caron, au complot de Colmar. Le 23 février 1823, la Cour d’assises de la Moselle le condamna à mort. Sa peine fut commuée en celle de vingt ans de travaux forcés. Envoyé au bagne de Toulon, il obtint grâce entière, au bout de deux ans.