Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/498

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d’ailleurs un chef-d’œuvre, se répandit dans la France entière. La monarchie selon la Charte le plaçait au premier rang de nos publicistes, mais il ne laissa pas de payer cher cette gloire ajoutée à tant d’autres dont son front était déjà couronné. Le 20 septembre 1816, parut dans le Moniteur l’ordonnance qui le rayait de la liste des ministres d’État. Cette décision lui enlevait un traitement de 24 000 francs.

II

chateaubriand, victor hugo et joseph de maistre[1].

Au tome II de son roman des Misérables, Victor Hugo a réuni sous ce titre : l’Année 1817, un grand nombre de petits faits habilement choisis pour rendre Louis XVIII et son gouvernement ridicules et odieux. Chateaubriand obligé de vendre ses livres à la criée, à la salle Sylvestre, voilà un petit fait, qui méritait peut-être d’être rappelé. Le poète l’a passé sous silence. Il a cependant parlé de Chateaubriand, mais c’est uniquement pour nous le montrer en déshabillé du matin. « Chateaubriand, dit-il, debout tous les matins devant sa fenêtre du numéro 27 de la rue Saint-Dominique, en pantalon à pied et en pantoufles, ses cheveux gris coiffés d’un madras, les yeux fixés sur un miroir, une trousse complète de chirurgien-dentiste ouverte devant lui, se curait les dents, qu’il avait charmantes, tout en dictant la Monarchie selon la Charte à M. Pilorge, son secrétaire. » Singulière fantaisie, il faut en convenir que celle de Chateaubriand s’amusant à dicter, tout en se curant les dents, des pages depuis longtemps imprimées ; ou plutôt ignorance singulière de Victor Hugo, qui aurait dû savoir, ce qui est partout — dans toutes les

  1. Ci-dessus, p. 145