Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/510

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

au lieu de son repos, et du moins il n’entend plus le bruit de nos divisions.

Mille raisons nous commandaient de payer ce tribut d’éloges à la mémoire de Saint-Marcellin ; mais il y en a surtout une qu’une vieille amitié sentira. Cette amitié a été éprouvée par la bonne et la mauvaise fortune ; elle nous retrouvera toujours, et particulièrement quand il s’agira de la consoler : Ille dies utramque duxit ruinam.

IV

la mort de fontanes[1].

C’est pendant qu’il était ambassadeur à Berlin, que Chateaubriand perdit le plus ancien et le plus fidèle de ses amis, M. de Fontanes. Avant de quitter Paris, il avait essayé de faire rétablir en faveur de son ami la Grande Maîtrise de l’Université ; la chose ne s’était point arrangée, à cause des combinaisons politiques qu’il avait fallu satisfaire et M. de Fontanes lui avait écrit ce billet :

Je vous le répète, je n’ai rien espéré, ni rien désiré. Ainsi, je n’éprouve aucun désappointement, mais je n’en suis pas moins sensible aux témoignages de votre amitié ; ils me rendent plus heureux que toutes les places du monde.

Le 10 mars 1821, Fontanes fut atteint d’une attaque de goutte à l’estomac qui causa tout de suite à ses amis les plus vives inquiétudes.

Je serai bien affligée, écrivait la duchesse de Duras, en annonçant à Chateaubriand la triste nouvelle, je serai bien affligée si nous perdons M. de Fontanes, je l’aime. Il vous a été si fidèle ! C’est encore un modèle qui disparaîtrait, un type de goût littéraire qui ne serait pas remplacé. Vous appartenez bien plus que lui à la race nouvelle. Ce qui me frappe tous les jours, c’est que tout finit. Les dieux s’en vont.

  1. Ci-dessus, p. 225.