Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/517

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

l’autre mis par la pensée en dehors de votre siècle et des affaires. Pour juger d’un effet de ton, il faut se placer à distance. C’est en disant tout qu’on se distingue de la foule des hommes d’État boutonnés et méticuleux. J’ai conçu la diplomatie sur un nouveau plan ; je parle tout haut. Vous avez tort de redouter mes révélations ; elles ne pouvaient que vous faire honneur. Je vous le prédis : vous ferez plus tard, quand vous croirez le danger amoindri, la Ferronnays ou vous, et par le même motif, ce que vous m’empêchez de faire maintenant. D’avance, pour mon compte, je vous y autorise[1] ».

Puisque Chateaubriand a été conduit, comme nous venons de le voir, à laisser en dehors de ses Mémoires cette guerre d’Espagne, qui fut « le grand événement politique de sa vie », il sied de rappeler ici, au moins en quelques mots, que cette guerre fut un acte de haute et grande politique, et non, comme l’ont répété à satiété les ennemis de la Restauration, un acte de servitude et de sujétion vis-à-vis des cabinets du Nord.

Lorsque M. de Montmorency, ministre des Affaires étrangères, se rendit au congrès de Vérone, il était porteur d’instructions positives, qui renfermaient ces propres mots : « La France étant la seule puissance qui doive agir par ses troupes, elle sera seule juge de cette nécessité. Les plénipotentiaires ne doivent pas consentir à ce que le congrès prescrive la conduite de la France à l’égard de l’Espagne. » Entraîné par la générosité et l’élévation de ses sentiments, qui revêtaient parfois une teinte de mysti-

  1. Comte de Marcellus, Politique de la Restauration en 1822 et 1823, p. 49. M. de Marcellus ajoute : « M. Delloye, l’éditeur, détruisit, m’a-t-il dit, tout ce qu’il avait déjà imprimé des deux volumes retranchés, il n’en garda qu’un seul exemplaire en feuilles, sur lequel il nota lui-même pour sa justification, de sa main et à la marge, les retranchements demandés, refusés ou consentis. Or, cet exemplaire, s’il existe encore, et si la frénésie des éditions princeps et des raretés bibliographiques se maintient, ne peut manquer d’exciter un jour une véritable curiosité. »