Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/520

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

vaillé toujours et heureusement réussi quelquefois à faire prévaloir l’humanité contre la vengeance, la pitié contre la fureur et à protéger l’ennemi désarmé contre l’auxiliaire aigri par de longs revers. » Ainsi s’exprima Benjamin Constant à la tribune de la Chambre des députés, dans la séance du 28 juin 1824. Le général Foy, dans la même séance, ajouta ces paroles : « La rapidité des opérations en Espagne et la plénitude du succès militaire ont trompé les prévisions de ceux qui ne voulaient pas la guerre et ont surpassé les espérances de ceux qui l’avaient appelée de leurs vœux. »

Tous les esprits vraiment libéraux se sont accordés à reconnaître que la guerre d’Espagne était à la fois politique et légitime, et, par dessus tout nationale. En affermissant le gouvernement à l’intérieur, elle rendait à la France sa liberté d’action au dehors. Le congrès d’Aix-la-Chapelle avait délivré notre territoire. Le congrès de Vérone et la campagne qui le suivit émancipaient notre politique. Nous redevenions une grande nation.

M. Saint-Marc Girardin écrivait, en 1838, dans un article publié par le Journal des Débats :

Non, le congrès de Vérone n’a pas imposé à la France l’obligation de faire la guerre à la révolution espagnole. L’Europe s’accommodait de notre impuissance de 1815. Sans doute, la révolution d’Espagne l’inquiétait ; mais la résurrection politique et militaire de la France, qui était une des conséquences de la guerre d’Espagne, si cette guerre réussissait, inquiétait l’Europe bien plus encore que la révolution espagnole… Voilà ce que démêla M. de Chateaubriand, et voilà pourquoi il déclare hautement que la guerre d’Espagne a été un acte de hardiesse plutôt qu’un acte de soumission et d’obéissance ; mais il vit en même temps que l’Europe continentale ne pouvait nous défendre de faire cette guerre, et qu’elle devait même nous y soutenir en apparence de ses vœux, forcée qu’elle était à cela par ses principes et ses opinions monarchiques[1].

M. Guizot avait été, en 1823, un des adversaires de l’ex-

  1. Études de morale et de littérature, par M. Saint-Marc Girardin, tome II.