Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/522

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leries pour faire sa cour à M. le comte d’Artois, son secrétaire, consterné et la larme à l’œil, lui remit un message qui le congédiait à peu près aussi cavalièrement qu’un laquais de bonne maison…

Je dois ajouter, pour ne rien omettre, que les amis de M. de Villèle ne se firent pas faute de l’excuser, comme on excuse en ce bas monde, en aggravant le tort par la calomnie, en insinuant malignement que l’auteur du Génie du christianisme devait s’en prendre à lui-même si son congé ne l’avait rejoint qu’en plein midi et en pleine cour ; qu’il l’aurait reçu en temps et lieu convenables, s’il fût rentré chez lui la veille au soir, et s’il y eût passé la nuit. J’ai toujours regardé, pour ma part, cette sottise comme inventée à plaisir et après coup. M. de Chateaubriand, dans ses Mémoires d’Outre-tombe, en m’imputant (gratuitement, de son propre aveu) un acte de persécution aussi faux en lui-même qu’étranger, j’ose le dire, à mon caractère, a trouvé bon d’y joindre cette réflexion, qu’en tout cas j’en étais bien capable. Il ne tiendrait qu’à moi de lui rendre ici la pareille ; mais les mauvais procédés et les mauvais exemples ne sont bons qu’à éviter[1].

Mettons tout d’abord en regard de cette page des Souvenirs du duc Victor de Broglie la page du Congrès de Vérone, où Chateaubriand a raconté lui-même son renvoi : audiatur et altéra pars. Aussi bien, la pape est charmante :

Le 6, au matin, nous ne dormions pas ; l’aube murmurait dans le petit jardin ; les oiseaux gazouillaient : nous entendîmes l’aurore se lever ; une hirondelle tomba par notre cheminée dans notre chambre ; nous lui ouvrîmes la fenêtre : si nous avions pu nous envoler avec elle ! Les cloches annoncèrent la solennité de la Pentecôte ; jour mémorable dans notre vie : ce même jour, nous avions été relevé à sept ans des vœux d’une pauvre femme chrétienne ; après tant d’anniversaires, ce jour nous rendait à notre obscurité première ; de là s’en allait nous attendre au palais des rois de Bohême, où nous devions saluer ce Charles X exilé, à qui l’on ne nous permit pas, en 1824, de chanter aux Tuileries l’hymne des félicitations.

À dix heures et demie, nous nous rendîmes au Château. Nous voulions d’abord faire notre cour à Monsieur. Le premier salon du pavillon Marsan était à peu près vide ; quelques personnes

  1. Souvenirs. t. II. p. 405.