Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/524

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faire encore une citation. Je l’emprunte aux carnets de M. de Villèle :

Le 6 juin, jour de la Pentecôte, je fus mandé à dix heures du matin chez le roi. Je m’y rendis, et à peine la porte du cabinet était-elle fermée, qu’il me dit : « Villèle, Chateaubriand nous a trahis[1]… Je ne veux pas le voir ici à ma réception d’après la messe. Faites l’ordonnance de son renvoi, qu’on le cherche partout et qu’on la lui remette à temps. Je ne veux pas le voir à ma réception. » Je représentai au roi la brièveté du temps. Il me fit dresser l’ordonnance sur son propre bureau, ce qu’il n’aurait jamais fait dans une autre occasion. Il la signa, j’allai l’expédier. On ne trouva plus M. de Chateaubriand chez lui. Il était déjà dans les appartements de S. A. R. Monsieur, attendant la sortie du prince pour lui présenter ses hommages. Ce fut là seulement qu’on put lui remettre l’ordre du roi qui le révoquait de ses fonctions[2].

VIII

la mort du duc mathieu de montmorency[3].

Le 24 mars 1826, jour du Vendredi-Saint, malgré les fatigues d’un grave étourdissement qui l’avait frappé dans la rue du Bac, la semaine précédente, le duc Mathieu de Montmorency voulut aller prier au tombeau dressé dans sa paroisse. Il vint à Saint-Thomas d’Aquin, dans l’après-midi ; mais à peine s’était-il agenouillé pour adorer la croix, qu’il perdit connaissance : il chancela, on accourut prés de lui, il n’était plus.

Voulant s’associer à la douleur de Mme Récamier, qui perdait en M. Mathieu de Montmorency le plus ancien

  1. Chateaubriaud avait refusé de défendre à la Chambre des pairs le projet de loi sur la conversion de la rente, projet qui fut rejeté à la majorité de 120 voix contre 105.
  2. Cet extrait des carnets de M. de Villèle a été publié par Alfred Nettement, dans son Histoire de la Restauration, t. VI, p. 706.
  3. Ci-dessus, p. 330.