Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t5.djvu/459

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J’avais oublié les détresses de ma première émigration et je m’étais figuré qu’il suffisait de quitter la France pour conserver en paix l’honneur dans l’exil : les alouettes ne tombent toutes rôties qu’à ceux qui moissonnent le champ, non à ceux qui l’ont semé : s’il ne s’agissait que de moi, dans un hôpital je me trouverais à merveille ; mais madame de Chateaubriand ? Je n’ai donc pas été plutôt fixé qu’en jetant les yeux sur l’avenir, l’inquiétude m’a pris.

On m’écrivait de Paris qu’on ne trouvait à vendre ma maison, rue d’Enfer, qu’à des prix qui ne suffiraient pas pour purger les hypothèques dont cet ermitage est grevé ; que cependant quelque chose pourrait s’arranger si j’étais là. D’après ce mot, j’ai fait à Paris une course inutile, car je n’ai trouvé ni bonne volonté, ni acquéreur ; mais j’ai revu l’Abbaye-aux-Bois et quelques-uns de mes nouveaux amis. La veille de mon retour ici, j’ai dîné au Café de Paris avec MM. Arago, Pouqueville, Carrel et Béranger, tous plus ou moins mécontents et déçus par la meilleure des républiques.

Aux Pâquis, près de Genève, 26 septembre 1831.

Mes Études historiques me mirent en rapport avec M. Carrel, comme elles m’ont fait connaître MM. Thiers et Mignet. J’avais copié, dans la préface de ces Études, un assez long passage de la Guerre de Catalogne[1], par

  1. Armand Carrel avait publié dans la Revue française (mars et mai 1828) de remarquables articles sur l’Espagne et la guerre de 1823, où étaient racontées, non sans éloquence, la campagne de Mina en Catalogne et les aventures de la Légion libérale étrangère.