Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t6.djvu/100

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qu’ils me demandaient ; mais ils ont voulu m’imposer des conditions de gouvernement, je les ai rejetées. Je ne céderai jamais sur les principes ; je veux laisser à mon petit-fils un trône plus solide que n’était le mien. Les Français sont-ils aujourd’hui plus heureux et plus libres qu’ils ne l’étaient avec moi ? Payent-ils moins d’impôts ? quelle vache à lait que cette France ! Si je m’étais permis le quart des choses que s’est permises M. le duc d’Orléans, que de cris, de malédictions ! Ils conspiraient contre moi, ils l’ont avoué : j’ai voulu me défendre… »

Le roi s’arrêta comme embarrassé dans le nombre de ses pensées, et par la crainte de dire quelque chose qui me blessât.

Tout cela était bien, mais qu’entendait Charles X par les principes ? s’était-il rendu compte de la cause des conspirations vraies ou fausses ourdies contre son gouvernement ? Il reprit après un moment de silence : « Comment se portent vos amis les Bertin ? Ils n’ont pas à se plaindre de moi, vous le savez : ils sont bien rigoureux envers un homme banni qui ne leur a fait aucun mal, du moins que je sache. Mais, mon cher, je n’en veux à personne, chacun se conduit comme il l’entend. »

Cette douceur de tempérament, cette mansuétude chrétienne d’un roi chassé et calomnié, me firent venir les larmes aux yeux. Je voulus dire quelques mots de Louis-Philippe. « Ah ! répondit le roi… M. le duc d’Orléans… il a jugé… que voulez-vous ?… les hommes sont comme ça. » Pas un mot amer, pas un reproche, pas une plainte ne put sortir de la