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MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

franc comme Henri IV, qu’il soit heureux de tout le bonheur qui lui a manqué pendant si longues années ! Que le trône, où tant de monarques ont rencontré des tempêtes, soit pour lui un lieu de repos ![1]. »

Ailleurs j’ai célébré encore le même prince : le modèle a seulement vieilli, mais on le reconnaît dans les jeunes touches du portrait : l’âge nous flétrit en nous enlevant une certaine vérité de poésie qui fait le teint et la fleur de notre visage, et cependant on aime malgré soi le visage qui s’est fané en même temps que nos propres traits. J’ai chanté des hymnes à la race de Henri IV ; je les recommencerais de grand cœur, tout en combattant de nouveau les méprises de la légitimité et en m’attirant de nouveau ses disgrâces, si elle était destinée à renaître. La raison en est que la royauté légitime constitutionnelle m’a toujours paru le chemin le plus doux et le plus sûr vers l’entière liberté. J’ai cru et je croirais encore faire l’acte d’un bon citoyen en exagérant même les avantages de cette royauté, afin de lui donner, si cela dépendait de moi, la durée nécessaire à l’accomplissement de la transformation graduelle de la société et des mœurs.

Je rends service à la mémoire de Charles X en opposant la pure et simple vérité à ce qu’on dira de lui dans l’avenir. L’inimitié des partis le représentera comme un homme infidèle à ses serments et violateur des libertés publiques : il n’est rien de tout cela. Il a

  1. Le Roi est mort ! Vive le Roi ! par le vicomte de Chateaubriand, 1824, in-8o, 37 p. — Mélanges historiques (t. iii des Œuvres complètes de 1826).