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MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

injustement proscrit mon enfance ; montrons-leur ce que je pouvais être. Il ne dépend que de moi de me dévouer à mon pays en consacrant de nouveau, quelle que soit l’issue du combat, le principe des monarchies héréditaires. »

Alors le fils de saint Louis aborderait la France dans une double idée de gloire et de sacrifice ; il y descendrait avec la ferme résolution d’y rester, une couronne sur le front ou une balle dans le cœur : au dernier cas, son héritage irait à Philippe. La vie triomphante ou la mort sublime de Henri rétablirait la légitimité, dépouillée seulement de ce que ne comprend plus le siècle et de ce qui ne convient plus au temps. Au reste, en supposant le sacrifice de mon jeune prince, il ne le ferait pas pour moi : après Henri V mort sans enfants, je ne reconnaîtrais jamais de monarque en France !

Je me suis laissé aller à des rêves : ce que je suppose relativement au parti qu’aurait à prendre Henri n’est pas possible : en raisonnant de la sorte, je me suis placé en pensée dans un ordre de choses au-dessus de nous ; ordre qui, naturel à une époque d’élévation et de magnanimité, ne paraîtrait aujourd’hui qu’une exaltation de roman ; c’est comme si j’opinais à l’heure qu’il est d’en revenir aux Croisades ; or, nous sommes terre à terre dans la triste réalité d’une nature humaine amoindrie. Telle est la disposition des âmes, que Henri V rencontrerait dans l’apathie de la France au dedans, et dans les royautés au dehors, des obstacles invincibles. Il faudra donc qu’il se soumette, qu’il consente à attendre les événements, à moins qu’il ne se décidât à un rôle qu’on ne manquerait pas de stigmatiser du nom d’aventurier. Il