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MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

vaient là. Monsieur, lieutenant général du royaume, eut alors une certaine part aux transactions du jour ; on a vu, dans la vie d’Alexandre, ce que le traité de Paris de 1814 nous avait laissé.

En 1815 il ne fut plus question des Bourbons ; ils n’entrèrent en rien dans les contrats spoliateurs de la seconde invasion : ces contrats furent le résultat de la rupture du ban de l’île d’Elbe. À Vienne, les alliés déclarèrent qu’ils ne se réunissaient que contre un seul homme ; qu’ils ne prétendaient imposer ni aucune sorte de maître ni aucune espèce de gouvernement à la France. Alexandre même avait demandé au congrès un roi autre que Louis XVIII. Si celui-ci en venant s’asseoir aux Tuileries ne se fût hâté de voler son trône, il n’aurait jamais régné. Les traités de 1815 furent abominables, précisément parce qu’on refusa d’entendre la voix de la légitimité, et c’est pour les faire brûler, ces traités, que j’avais voulu reconstruire notre puissance en Espagne.

Le seul moment où l’on retrouve l’esprit de la Restauration est au congrès d’Aix-la-Chapelle ; les alliés étaient convenus de nous ravir nos provinces du nord et de l’est : M. de Richelieu intervint. Le tzar, touché de notre malheur, entraîné par son équitable penchant, remit à M. le duc de Richelieu la carte de France, sur laquelle était tracée la ligne fatale. J’ai vu de mes propres yeux cette carte du Styx entre les mains de madame de Montcalm, sœur du noble négociateur[1].

  1. Ce n’est pas, comme le dit à tort Chateaubriand, au Congrès d’Aix-la-Chapelle, en 1818, que les Alliés réclamèrent le démembrement de la France, c’est trois ans plus tôt, lors de la discussion des traités de 1815. C’est à ce moment que fut dressée par