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MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

bourg[1] : j’allais devenir seul (toujours selon M. le duc) le conseil de Charles X, absent pour quelques affaires. On me montra un plan : la machine était fort compliquée ; le travail de M. de Blacas conservait quelques dispositions faites par la duchesse de Berry, lorsque, de son côté, elle avait prétendu organiser l’État en venant follement, mais bravement, se mettre à la tête de son royaume in partibus. Les idées de cette femme aventureuse ne manquaient point de bon sens : elle avait divisé la France en quatre grands gouvernements militaires, désigné les chefs, nommé les officiers, enrégimenté les soldats, et, sans s’embarrasser si tout son monde était au drapeau, elle était elle-même accourue pour le porter ; elle ne doutait point de trouver aux champs la chape de saint Martin ou l’oriflamme, Galaor ou Bayard. Coups de haches d’armes et balles de mousquetons, retraite dans les forêts, périls aux foyers de quelques amis fidèles, cavernes, châteaux, chaumières, escalades, tout cela allait et plaisait à Madame. Il y a dans son caractère quelque chose de bizarre, d’original et d’entraînant qui la fera vivre. L’avenir la prendra à son gré, en dépit des personnes correctes et des sages couards.

J’aurais porté aux Bourbons, s’ils m’avaient appelé, la popularité dont je jouissais au double titre d’écrivain et d’homme d’État. Il m’était impossible de douter de cette popularité, car j’avais reçu les confidences de toutes les opinions. On ne s’en était pas tenu à des généralités ; chacun m’avait désigné ce qu’il désirait en cas d’événement ; plusieurs m’avaient confessé

  1. Sur le marquis de La Tour-Maubourg, voir au tome V, la note 1 de la page 286 (note 47 du Livre XIV de la Troisième Partie).