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MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

lant une occasion sûre pour vous parler de ma reconnaissance de ce que vous avez vu et fait à Prague. Il me paraît que l’on vous a peu laissé voir, mais assez cependant pour juger que, malgré les moyens employés, le résultat, en ce qui regarde notre cher enfant, n’est pas tel qu’on pouvait le craindre. Je suis bien aise d’en avoir de vous l’assurance ; mais on mande de Paris que M. de Barrande est éloigné. Que cela va-t-il devenir ? Combien il me tarde d’être à mon poste !

« Quant aux demandes que je vous avais prié de faire (et qui n’ont pas été parfaitement accueillies), on a prouvé par là que l’on n’était pas mieux informé que moi : car je n’avais nul besoin de ce que je demandais, n’ayant en rien perdu mes droits.

« Je vais vous demander vos conseils pour répondre aux sollicitations qui me sont faites de toutes parts. Vous ferez de ce qui suit l’usage que, dans votre sagesse, vous jugerez convenable. La France royaliste, les personnes dévouées à Henri V, attendent de sa mère, libre enfin, une proclamation.

« J’ai laissé à Blaye quelques lignes qui doivent être connues aujourd’hui ; on espère plus de moi ; on veut savoir la triste histoire de ma détention pendant sept mois dans cette impénétrable bastille. Il faut qu’elle soit connue dans ses plus grands détails ; qu’on y voie la cause de tant de larmes et de chagrins qui ont brisé mon cœur. On y apprendra les tortures morales que j’ai dû souffrir. Justice doit y être rendue à qui il appartient ; mais aussi il y faudra dévoiler les atroces mesures prises contre une femme sans défense, puisqu’on lui a tou-