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MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

ces vieilleries de ma vie ! j’en deviendrais fou à force de ruines : parlons du présent.

J’ai essayé de peindre l’effet général de l’architecture de Venise ; afin de me rendre compte des détails, j’ai remonté, descendu et remonté le grand canal, vu et revu la place Saint-Marc.

Il faudrait des volumes pour épuiser ce sujet. Le fabbriche più cospicue di Venezia du comte Cicognara fournissent le trait des monuments ; mais les expositions ne sont pas nettes. Je me contenterai de noter deux ou trois des agencements les plus répétés.

Du chapiteau d’une colonne corinthienne se décrit un demi-cercle dont la pointe descend sur le chapiteau d’une autre colonne corinthienne : juste au milieu de ces styles s’en élève une troisième, même dimension et même ordre ; du chapiteau de cette colonne centrale partent à droite et à gauche deux épicycles dont les extrémités se vont aussi reposer sur les chapiteaux d’autres colonnes. Il résulte de ce dessin que les arcs, en se coupant, donnent naissance à des ogives au point de leur intersection[1], de sorte qu’il se forme un mélange charmant de deux architectures, du plein cintre romain et de l’ogive arabe gothique ou moyen âge d’origine ; mais il est certain qu’elle existe dans les monuments dits cyclopéens : je l’ai vue très pure dans les tombeaux d’Argos[2].

Le palais du doge offre des entrelacs reproduits

  1. Il est clair à mes yeux que l’ogive dont on va chercher si loin l’origine prétendue mystérieuse est née fortuitement de l’intersection des deux cerles de plein cintre ; aussi la retrouve-t-on partout. Les architectes n’ont fait dans la suite que la dégager des dessins dans lesquels elle figurait. Ch.
  2. Voyez la note précédente. Ch.