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MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

Che fai, che pensi ? che pur dietro guardi
Nel tempo, che tornar non pote omai,
Anima sconsolata ?

« Que fais-tu, que penses-tu ? pourquoi regarder, en arrière dans un temps qui ne peut jamais revenir, âme inconsolée ? »

Tout ce pays, dans un diamètre de quarante lieues est le sol indigène des écrivains et des poètes : Tite-Live, Virgile, Catulle, Arioste, Guarini, les Strozzi, les trois Bentivoglio, Bembo, Bartoli, Bojardo, Pindemonte, Varano, Monti, une foule d’autres hommes célèbres, ont été enfantés par cette terre des Muses. Le Tasse même était Bergamasque d’origine. Je n’ai vu des derniers poètes italiens qu’un des deux Pindemonte[1]. Je n’ai connu ni Cesarotti[2], ni Monti[3] ; j’aurais été heureux de rencontrer Pellico et Manzoni, rayons d’adieux de la gloire italienne. Les monts Euganéens, que je traversais, se doraient de l’or du couchant avec une agréable variété de formes et une grande

  1. Hippolyte et Jean Pindemonte, nés tous les deux à Vérone. Hippolyte, le plus célèbre des deux frères (1753-1828), est auteur de plusieurs tragédies, de Poésies champêtres et d’une remarquable traduction de l’Odyssée en vers blancs. — Jean Pindemonte (1751-1812), député au Corps législatif italien, a aussi écrit des tragédies publiées sous le titre de Componimenti teatrali (Venise, 1804, 4 vol. in-8o.
  2. Melchiorre Cesarotti (1730-1808) a publié, outre des traductions de Juvénal, de Démosthène, de trois tragédies de Voltaire et des poèmes d’Ossian (son meilleur ouvrage), deux traductions de l’Iliade, l’une en vers et l’autre en prose.
  3. Vincenzo Monti (1754-1828) a chanté tour à tour la Papauté, la Révolution, Napoléon et la domination autrichienne. Il avait du reste un rare talent. Sa traduction en vers de l’Iliade est d’une grande beauté et son poème satirique contre la Révolution française, la Bassvilliana (1793), est un chef-d’œuvre.