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MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

de Trieste. Voyez, cher et illustre vicomte, quel grand malheur pour moi ! arrêter une princesse que j’admire et respecte, si elle ne se veut pas conformer au désir de mon souverain ! car la princesse ne m’a pas bien reçu ; elle m’a dit qu’elle ferait ce qui lui plairait. Cher vicomte, si vous pouviez obtenir de Son Altesse Royale qu’elle restât à Venise ou à Trieste en attendant de nouvelles instructions de ma cour ? Je viserai votre passe-port pour Prague ; vous vous y rendrez tout de suite sans éprouver le moindre empêchement, et vous arrangerez tout cela ; car certainement ma cour n’a fait que céder à des demandes. Rendez-moi, je vous en prie, ce service. »

J’étais touché de la candeur du noble militaire. En rapprochant la date du 15 septembre de celle de mon départ de Paris, 3 du même mois, je fus frappé d’une idée : mon entrevue avec Madame et la coïncidence de la majorité de Henri V pouvaient avoir effrayé le gouvernement de Philippe. Une dépêche de M. le duc de Broglie, transmise par une note de M. le comte de Sainte-Aulaire[1], avait peut-être déterminé la chancellerie de Vienne à renouveler la prohibition du 28 août. Il est possible que j’augure mal et que le fait que je soupçonne n’ait pas eu lieu ; mais deux gentilshommes, tous deux pairs de France de Louis XVIII, tous deux violateurs de leur serment, étaient bien dignes, après tout, d’être contre une femme, mère de leur roi légitime, les instruments d’une aussi généreuse politi-

  1. Sur le comte de Sainte-Aulaire, voir au tome V, la note de la page 380 (note 33 du Livre XV de la Troisième Partie). — Il était, en 1833, ambassadeur de France à Vienne.