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MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

saire. J’en suis bien plus occupée, je vous assure, que de ce qui me concerne, et l’intérêt de mon Henri, qui est celui de la France, passe avant le mien. Je lui ai prouvé, je crois, que je savais m’exposer pour lui à des dangers, et que je ne reculais devant aucun sacrifice ; il me trouvera, toujours la même.

« M. de Montbel m’a remis votre lettre à son arrivée : je l’ai lue avec une bien vive reconnaissance ; vous revoir, retrouver mes enfants, sera toujours le plus cher de mes vœux, M. de Montbel vous aura écrit que j’avais fait tout ce que vous demandiez ; j’espère que vous aurez été satisfait de mon empressement à vous plaire et à vous prouver mon respect et ma tendresse. Je n’ai plus maintenant qu’un désir, c’est d’être à Prague pour le 29 septembre, et, quoique ma santé soit bien altérée, j’espère que j’arriverai. Dans tous les cas, M, de Chateaubriand me précédera. Je prie le roi de l’accueillir avec bonté et d’écouter tout ce qu’il lui dira de ma part. Croyez, mon cher père, à tous les sentiments, etc. »

« P. S. Padoue, le 20 septembre. — Ma lettre était écrite lorsqu’on me communique l’ordre de ne pas continuer mon voyage : ma surprise égale ma douleur. Je ne puis croire qu’un ordre semblable soit émané du cœur du roi ; ce sont mes ennemis seuls qui ont pu le dicter. Que dira la France ? Et combien Philippe va triompher ! Je ne puis que presser le départ du vicomte de Chateaubriand, et le charger de dire au roi ce qu’il me serait trop pénible de lui écrire dans ce moment. »