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MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

déjà cessé ; tes jours n’ont pas la durée du jour polaire.

Sur le livre de l’hôtel était écrit le nom de mon noble ami, le comte de La Ferronnays, retournant de Prague à Naples, de même que j’allais de Padoue à Prague. Le comte de la Ferronnays, mon compatriote à double titre, puisqu’il est Breton et Malouin, a entremêlé ses destinées politiques aux miennes : il était ambassadeur à Pétersbourg quand j’étais à Paris ministre des affaires étrangères ; il occupa cette dernière place, et je devins à mon tour ambassadeur sous sa direction. Envoyé à Rome, je donnai ma démission à l’avènement du ministère Polignac, et La Ferronnays hérita de mon ambassade. Beau-frère de M. de Blacas, il est aussi pauvre que celui-ci est riche ; il a quitté la pairie et la carrière diplomatique lors de la révolution de Juillet ; tout le monde l’estime, et personne ne le hait, parce que son caractère est pur et son esprit tempérant. Dans sa dernière négociation à Prague, il s’est laissé surprendre par Charles X, qui marche vers ses derniers lustres. Les vieilles gens se plaisent aux cachotteries, n’ayant rien à montrer qui vaille. En exceptant mon vieux roi, je voudrais qu’on noyât quiconque n’est plus jeune, moi tout le premier avec douze de mes amis.

À Udine, je pris la route de Villach ; je me rendais en Bohême par Salzbourg et Linz. Avant d’attaquer les Alpes, j’ouïs le branle des cloches et j’aperçus dans la plaine un campanile illuminé. Je fis interroger le postillon à l’aide d’un Allemand de Strasbourg, cicerone italien à Venise, qu’Hyacinthe m’avait amené pour interprète slave à Prague. La réjouissance dont