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MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

Dans les villes d’Italie, les rues sont étroites et tortueuses, les marchés petits, les places d’armes resserrées : on a besoin d’ombre, et tout se passe en secret.

À Linz, mon passe-port fut visé sans difficulté.

24 et 25 septembre 1833.

Je passai le Danube à trois heures du matin : je lui avais dit en été ce que je ne trouvais plus à lui dire en automne ; il n’en était plus aux mêmes ondes, ni moi aux mêmes heures. Je laissai loin sur ma gauche mon bon village de Waldmünchen, avec ses troupeaux de porcs, le berger Eumée et la paysanne qui me regardait par-dessus l’épaule de son père. La fosse du mort dans le cimetière aura été comblée ; le décédé est mangé par quelques milliers de vers pour avoir eu l’honneur d’être homme.

M. et Madame de Bauffremont, arrivés à Linz, me devançaient de quelques heures ; ils étaient eux-mêmes précédés de quelques royalistes : porteurs de message de paix, ils croyaient Madame cheminant tranquillement derrière eux, et moi je les suivais tous comme la Discorde, avec des nouvelles de guerre.

La princesse de Bauffremont, née Montmorency, allait à Butschirad[1] complimenter des rois de France nés Bourbons : rien de plus naturel.

Le 25, à la nuit tombante, j’entrai dans des bois. Des corneilles criaient en l’air ; leurs épaisses volées tournoyaient au-dessus des arbres dont elles se pré-

  1. Pendant l’été et une partie de l’automne, la famille royale habitait Butschirad, triste et solitaire résidence située dans un pays morne et désolé, à cinq heures à peu près de Prague.