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MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

Dans Charles X, l’homme m’attendrit, le monarque me blesse : je me laisse aller à ces deux impressions à mesure qu’elles se succèdent sans chercher à les concilier.

Le 28 septembre, après que Charles X m’eut reçu le matin au bord de son lit, Henri V me fit appeler : je n’avais pas demandé à le voir. Je lui dis quelques mots graves sur sa majorité et sur ces loyaux Français dont l’ardeur lui avait offert des éperons d’or.

Au surplus, il est impossible d’être mieux traité que je ne le fus. Mon arrivée avait jeté l’alarme ; on craignait le rendu compte de mon voyage à Paris. Pour moi donc toutes les attentions ; le reste était négligé. Mes compagnons, dispersés, mourants de faim et de soif, erraient dans les corridors, les escaliers, les cours du château, au milieu de l’effarade des maîtres du logis et des apprêts de leur évasion. On entendait des jurements et des éclats de rire.

La garde autrichienne s’émerveillait de ces individus à moustaches et en habit bourgeois ; elle les soupçonnait d’être des soldats français déguisés, avisant à s’emparer de la Bohême par surprise.

Durant cette tempête au dehors, Charles X me disait au dedans : « Je me suis occupé de corriger l’acte de mon gouvernement à Paris. Vous aurez pour collègue M. de Villèle, comme vous l’avez demandé, le marquis de La Tour-Maubourg et le chancelier.[1] »

  1. Le marquis de Pastoret. Pair de France, ministre d’État et membre du Conseil privé, il avait été appelé aux fonctions de Chancelier de France, en 1829, à la place de M. Dambray. Après la Révolution de Juillet, il s’était démis de toutes ses fonctions ; mais, pour Charles X, il était toujours resté le Chancelier. Il devint, en 1834, tuteur des enfants du duc de Berry, charge à