Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t6.djvu/407

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
391
MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

tels que ceux des hommes les plus éminents de l’opinion à laquelle j’appartiens moi-même, si de cet accord des plus hautes intelligences du pays dans la constante défense des droits de discussion, il n’était pas résulté enfin, pour la masse des esprits en France, un parti désormais pris de vouloir sous tous les régimes, d’exiger de tous les systèmes victorieux, quels qu’ils soient, la liberté de penser, de parler, d’écrire, comme condition première de toute autorité légitimement exercée. N’est-il pas vrai, monsieur, que lorsque vous demandiez, sous le dernier gouvernement, la plus entière liberté de discussion, ce n’était pas pour le service momentané que vos amis politiques en pouvaient tirer dans l’opposition contre des adversaires devenus maîtres du pouvoir par intrigue ? Quelques-uns se servaient ainsi de la presse, qui l’ont bien prouvé depuis ; mais vous, monsieur, vous demandiez la liberté de discussion pour le bien commun, l’arme et la protection générale de toutes les idées vieilles ou jeunes ; c’est là ce qui vous a mérité, monsieur, la reconnaissance et le respect des opinions auxquelles la révolution de Juillet a ouvert une lice nouvelle. C’est pour cela que notre œuvre se rattache à la vôtre, et que, lorsque nous citons vos écrits, c’est moins comme admirateurs du talent incomparable qui les a produits, que comme aspirant à continuer de loin la même tâche, jeunes soldats que nous sommes d’une cause dont vous êtes le vétéran le plus glorieux.

« Ce que vous avez voulu depuis trente ans, monsieur, ce que je voudrais, s’il m’est permis de me