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MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

Le moyen âge transmit ces chants à la renaissance. Louise Labé[1] disait :

 Oh ! si j’étois en ce beau sein ravie
De celui-là pour lequel vais mourant !

Clémence de Bourges, surnommée la Perle orientale, qui fut enterrée le visage découvert et la tête couronnée de fleurs à cause de sa beauté, les deux Marguerite[2] et Marie Stuart, toutes trois reines, ont exprimé de naïves faiblesses dans un langage naïf.

J’ai eu une tante à peu près de cette époque de notre Parnasse, madame Claude de Chateaubriand ; mais je suis plus embarrassé avec madame Claude qu’avec mademoiselle de Boisteilleul. Madame Claude, se déguisant sous le nom de l’Amant, adresse ses soixante-dix sonnets à sa maîtresse. Lecteurs, pardonnez aux vingt-deux années de ma tante Claude : parcen-

  1. Louise Labé, surnommée la belle Cordière (1526-1566). Fille d’un riche marchand de Lyon, Charly, dit Labé, elle fut formée aux lettres et aux arts, apprit la musique, l’espagnol, le latin et le grec. La passion des aventures chevaleresques l’arracha à l’étude, et, à l’âge de seize ans, elle était au siège de Perpignan, où on lui donna le surnom de Capitaine Loys. La campagne finie, elle revint à Lyon, éprise d’un jeune chevalier qui devint l’objet de ses vers. Elle le perdit bientôt, et épousa Ennemond Perrin, riche marchand cordier. Sa maison devint le rendez-vous des gentilshommes, des artistes et des poètes. Ses Sonnets et ses Élégies l’ont mise au premier rang des femmes poètes du xvie siècle.
  2. Marguerite de Navarre (1492-1549), sœur de François Ier et femme de Henri d’Albret, roi de Navarre. — Marguerite de France (1553-1615), fille de Henri II et de Catherine de Médicis. Elle fut la première femme de Henri IV, qui l’avait épousée en 1572, six jours avant la Saint-Barthélémy, et qui, lorsqu’il fut devenu roi de France, sollicita du pape Clément VIII et obtint l’annulation de ce mariage (1599).