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MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

pense de ses sacrifices, aux plus intimes communications avec le Dieu de toute bonté, de toute miséricorde, elle n’eut pas plutôt senti les charmes de la piété, les attraits de l’amour divin, que la jeune épouse ne fut plus reconnaissable ; bientôt elle répandit autour d’elle l’édification et l’admiration. Couverte de vêtements de la plus grande simplicité, d’une robe de laine noire ou brune, enveloppée l’hiver d’une pelisse mal fourrée, l’été d’une mante de taffetas noir, cette Julie, naguère si intéressante aux amis de la terre et de ses pompes par son élégance, expiait avant trente ans le goût et la délicatesse qui la paraient à vingt. Elle parvint ensuite, par des austérités poussées trop loin sans doute, et par les progrès d’un dépérissement successif, à décharner totalement un visage qu’on jugeait autrefois plus attrayant que la beauté régulière. Cependant le charme de son regard, le jeu de sa physionomie si expressive, si éloquente au profit de la vertu, les grâces de son esprit résistèrent encore aux efforts de son humilité. .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  

Pour soutenir son ardeur naissante, et peut-être pour la modérer, son directeur la soumit successivement aux conseils de deux religieuses d’un mérite distingué. Sous les ailes de leur vigilance maternelle, elle s’occupait sans cesse à retrancher impitoyablement tout ce qu’elle craignait de dérober à la parfaite immolation d’elle-même. « Il faut que je m’éteigne, » disait-elle.

Madame de Farcy avait été bénie dans son union par la naissance d’une fille[1]. Elle remplit d’une ma-

  1. Pauline-Zoé Marie de Farcy de Montvallon, née à Fougères le 15 juin 1784. décédée à Rennes le 24 décembre 1850. Le