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MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

Une malade avait besoin de prendre des bains, et l’amie des affligés tirait et portait elle-même de l’eau : dévouement au-dessus de ses forces, et qui sans doute abrégea ses jours. .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  

Rarement elle se trouvait aux repas des détenues, se contentant des restes qui demeuraient sur les tables. Aux représentations de l’amitié, elle répondait : « Ces restes ne seront pas donnés aux pauvres, et je tiens leur place en ce moment. »

Le grenier où l’humble captive passait ses plus longs et plus doux moments renfermait une statue de la très sainte Vierge que, par mégarde ou par mépris, on laissait jetée dans un coin ; quelle fut la joie de Julie quand elle l’y découvrit ! Elle fit tant par ses instances, par ses sacrifices auprès des geôliers de la maison, qu’elle obtint la faveur d’y avoir un petit oratoire. Elle l’orna avec tous les soins et l’appareil que son zèle et son cœur lui permirent ; elle y conduisit successivement ses compagnes pour y faire en commun de pieux exercices .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  

Un soir le bruit se répandit que les détenues seraient incessamment massacrées. Cette nouvelle causa une alarme générale : une des dames renfermées aperçoit au haut de la maison la faible lueur d’une lampe, et communique sa surprise et sa terreur à sa voisine : « Ne vous effrayez point, répondit celle-ci ; ne savez-vous pas que madame de Farcy passe la plus grande partie de la nuit en prières ? »

Après une longue captivité, madame de Farcy rentra dans sa famille, mais sa délicate constitution s’affaiblissait rapidement et préparait de longs et cui-