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MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

main ; vous ne les aimerez pas deux jours de la même manière ; vous ne saurez souvent s’il est bien vrai que vous les aimiez, à moins que vous ne commenciez à les aimer pour Dieu. »

Madame de Farcy n’approuvait pas ces épanchements intimes où l’on ne peut soulager son cœur qu’aux dépens de ceux qui en causent les peines. « On ne cherche qu’à soulager ses maux, disait-elle, et l’on ne parvient souvent qu’à les aigrir. En les faisant partager, on se les exagère à soi-même ; on détaille ses griefs, on s’appesantit sur chacun ; la compassion qu’on inspire d’un côté double le sentiment d’injustice qu’on éprouve de l’autre ; plus on se fait plaindre, plus on s’attendrit sur soi, et plus on se sent blessé de ce que l’on souffre. Ce résultat prouve que de telles consolations ne sont point dans l’ordre de Dieu. »

La détention si pénible et si longue de madame de Farcy dans la maison du Bon-Pasteur de Rennes avait comme éteint ce qui lui restait de forces. Elle était en proie aux douleurs les plus aiguës, mais elle les supportait sans se permettre la moindre plainte, et l’on ne s’en apercevait qu’à l’altération empreinte sur son visage. Pendant sa dernière maladie, elle conserva la même patience, acheva de mettre ordre à ses affaires et recommanda sa fille, alors dans sa quinzième année, à la famille de son mari.  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .

Lorsque sa fille lui demandait en pleurant quand elle la reverrait, elle lui promettait que leur séparation ne serait pas très longue et qu’elles se réuniraient pour ne plus se quitter. Elle lui recommanda de prier